lundi 26 mars 2007
Emotion et apprentissage collectif
Depuis jeudi dernier, une femme et la récidive de son cancer du sein font la Une des médias américains et, outre l'émotion, provoquent un débat sur la signification des statistiques de survie.
Elizabeth Edwards est la femme de John Edwards qui, lors de la dernière élection présidentielle, était le second du "ticket" démocrate avec John Kerry. Diagnostiquée avec un cancer du sein en octobre 2004, elle avait raconté son combat contre la maladie dans un livre à succès, "Saving Graces", et prenait une part active dans la nouvelle campagne entamée par son mari. Comme le raconte le New Yok Times, elle a ressenti une douleur à une côte lundi dernier, a subi des examens mardi et, mercredi, a appris que cette douleur était due à une métastase osseuse. Le jeudi, le couple Edwards convoquait une conférence de presse pour annoncer la mauvaise nouvelle, expliquer "qu'on ne pouvait plus guérir ce cancer, mais qu'on pouvait le traiter", et proclamer que "la campagne présidentielle continuerait de plus belle."
Dans le Washington Post, l'article consacré à cette histoire débute par une affirmation tirée de la littérature médicale : "les chances de survie à cinq ans d'Elizabeth Edwards sont très inférieures à 50% si son expérience est similaire à celle des autres femmes dont le cancer du sein a récidivé au cours des cinq années après le diagnostic initial et le traitement. Telle est la conclusion de nombreuses études et d'observations cliniques des cancérologues". Dans le Los Angeles Times, le journaliste écrit que "la récidive de son cancer est un sérieux problème, mais qu'elle peut probablement vivre avec pendant 5 à 10 ans, peut-être même plus longtemps, selon les experts."
Dans la blogosphère, de tels propos sont fortement critiqués. Craig Hildren, le médecin blogueur de The Cheerful Oncologist ("le cancérologue allègre"), déplore l'incapacité des journalistes à interpréter les statistiques et, surtout, rappelle qu'il "n'y a pas deux patientes pareilles" (il fournit une liste de 10 questions qu'il poserait à cette patiente en particulier) et que "tirer hâtivement de sombres conclusions à partir de reportages imprécis n'est pas rendre service à Elizabeth Edwards." Son confrère de l'American Cancer Society (ACS), le docteur Len, adopte une attitude similaire et donne une petite leçon de vulgarisation : "les statistiques de survie attribuées à l'ACS se réfèrent au stade de la maladie lors du diagnostic initial, en l'occurence en 2004 pour Mme Edwards. Elles ne s'appliquent pas à un cancer du sein qui récidive, qui plus est en 2007." Jeanne Sather, "diagnostiquée avec un cancer du sein en 1998, avec récidive en 1999, métastases aux os en 2001", adresse un email furieux à ABC News qu'elle accuse de faire preuve d'une "irresponsabilité extrême".
Pour le président de l'ACS, cité par Associated Press, la médiatisation du cas d'Elizabeth Edwards aidera à faire advenir ce que préconise son association, un changement de regard sur le cancer : "lutter contre un cancer n'est plus un combat rapide qu'on gagne ou perd, mais s'apparente davantage à un siège de longue durée. [Cette histoire] aura un impact très important pour de nombreux individus."
Elizabeth Edwards est la femme de John Edwards qui, lors de la dernière élection présidentielle, était le second du "ticket" démocrate avec John Kerry. Diagnostiquée avec un cancer du sein en octobre 2004, elle avait raconté son combat contre la maladie dans un livre à succès, "Saving Graces", et prenait une part active dans la nouvelle campagne entamée par son mari. Comme le raconte le New Yok Times, elle a ressenti une douleur à une côte lundi dernier, a subi des examens mardi et, mercredi, a appris que cette douleur était due à une métastase osseuse. Le jeudi, le couple Edwards convoquait une conférence de presse pour annoncer la mauvaise nouvelle, expliquer "qu'on ne pouvait plus guérir ce cancer, mais qu'on pouvait le traiter", et proclamer que "la campagne présidentielle continuerait de plus belle."
Dans le Washington Post, l'article consacré à cette histoire débute par une affirmation tirée de la littérature médicale : "les chances de survie à cinq ans d'Elizabeth Edwards sont très inférieures à 50% si son expérience est similaire à celle des autres femmes dont le cancer du sein a récidivé au cours des cinq années après le diagnostic initial et le traitement. Telle est la conclusion de nombreuses études et d'observations cliniques des cancérologues". Dans le Los Angeles Times, le journaliste écrit que "la récidive de son cancer est un sérieux problème, mais qu'elle peut probablement vivre avec pendant 5 à 10 ans, peut-être même plus longtemps, selon les experts."
Dans la blogosphère, de tels propos sont fortement critiqués. Craig Hildren, le médecin blogueur de The Cheerful Oncologist ("le cancérologue allègre"), déplore l'incapacité des journalistes à interpréter les statistiques et, surtout, rappelle qu'il "n'y a pas deux patientes pareilles" (il fournit une liste de 10 questions qu'il poserait à cette patiente en particulier) et que "tirer hâtivement de sombres conclusions à partir de reportages imprécis n'est pas rendre service à Elizabeth Edwards." Son confrère de l'American Cancer Society (ACS), le docteur Len, adopte une attitude similaire et donne une petite leçon de vulgarisation : "les statistiques de survie attribuées à l'ACS se réfèrent au stade de la maladie lors du diagnostic initial, en l'occurence en 2004 pour Mme Edwards. Elles ne s'appliquent pas à un cancer du sein qui récidive, qui plus est en 2007." Jeanne Sather, "diagnostiquée avec un cancer du sein en 1998, avec récidive en 1999, métastases aux os en 2001", adresse un email furieux à ABC News qu'elle accuse de faire preuve d'une "irresponsabilité extrême".
Pour le président de l'ACS, cité par Associated Press, la médiatisation du cas d'Elizabeth Edwards aidera à faire advenir ce que préconise son association, un changement de regard sur le cancer : "lutter contre un cancer n'est plus un combat rapide qu'on gagne ou perd, mais s'apparente davantage à un siège de longue durée. [Cette histoire] aura un impact très important pour de nombreux individus."