jeudi 19 avril 2007

Cancer du sein : baisse de l'incidence aux Etats-Unis (suite)

"Les taux d'incidence du cancer du sein [aux Etats-Unis] ont fortement baissé en 2003, et ils sont restés à ce niveau plus faible en 2004", explique le New York Times (NYT) en décrivant, comme ses confrères du Washington Post (WP) ou du Los Angeles Times (LAT), les conclusions d'un article paru dans le New England Journal of Medicine (pdf, 5p.) : "globalement, en 2003 et 2004,il y a eu près de 10% de cas de cancer du sein en moins qu'attendu. Cela concerne les femmes de plus de 50 ans, pas les plus jeunes, et presque toute la baisse se retrouve dans un type de cancer commun, alimenté par les estrogènes, ce qu'on appelle les tumeurs positives aux récepteurs des estrogènes". Le LAT traduit le pourcentage en un chiffre absolu : "sur les deux ans de l'étude, il s'agit de 30 000 femmes en moins à avoir été diagnostiquées avec un cancer du sein (environ 200 000 cas sont enregistrés par an)."
Les premiers indices de cette diminution avaient fait l'actualité à la fin de l'année 2006 (voir ce billet). Et, déjà, son interprétation avait fait débat... En effet, pour les auteurs de l'article du NEJM, leurs résultats confirment leurs intuitions : c'est bien la baisse des traitements hormonaux substitutifs (THS) qui est la cause la plus plausible. Mais le docteur Len, le blogueur de l'American Cancer Society, n'est toujours pas convaincu: "le problème de ce scénario d'une "baisse immédiate" est que nous savons que le cancer du sein prend de nombreuses années avant de devenir détectable sur une mammographie, et encore plus d'années avant d'être repéré par palpation au cours d'un examen clinique. Il est improbable qu'un cancer présent dans un sein disparaisse subitement ou en quelques mois après l'arrêt des hormones. Cela n'a aucun sens." Et il avertit : "si une baisse des mammographies joue un rôle dans cette observation (je le crois) et si les femmes vont moins consulter leur médecin régulièrement (ce qui est probablement le cas), alors nous allons au devant de sérieux problèmes dans un proche avenir".
Mais le docteur Len s'accorde avec les spécialistes cités dans les quotidiens pour souligner qu'en matière de traitements hormonaux de la ménopause, "il est recommandé aux femmes de n'utiliser ces médicaments qu'en cas de symptômes, à la plus faible dose et pour la plus courte durée possible". Au même moment, paraît dans The Lancet, une étude britannique montrant que les THS augmentent le risque de cancer ovarien, à la fois en termes d'indicence et de mortalité : "depuis 1991, l'utilisation des THS a entraîné l'apparition de quelque 1300 cancers ovariens et de 1000 décès supplémentaires liés à cette maladie au Roayaume-Uni." A la différence du Guardian, BBC News relativise l'ampleur du risque : "ceci se traduit en un cas supplémentaire de cancer ovarien pour 2500 femmes sous THS et un décès supplémentaire dû au cancer ovarien pour 3300 consommatrices de THS".