mardi 10 juillet 2007

Controverse sur une campagne

"Ma soeur s'est tuée elle-même par accident. Elle est morte d'un cancer de la peau": accompagnant la photo d'une femme jeune, blonde et souriante, cette phrase signe la dernière campagne lancée par l'American Cancer Society (ACS). Une campagne qui, comme l'indique le New York Times, est financée par le fabricant de crèmes solaires Neutrogena et suscite une vive controverse.
Le Times rapporte que, "selon de nombreux médecins, il est prématuré de suggérer que les gens mettent leur vie en danger en n'utilisant pas d'écrans solaires." Barry Kramer, directeur adjoint de la prévention aux National Institutes of Health, précise: "ce n'est pas aussi simple que ça. On a de bonnes raisons de penser que les écrans solaires réduisent le risque des formes les moins létales du cancer de la peau. Mais il y a très peu de preuves qu'ils protègent contre le mélanome; or c'est le message dominant qu'on entend le plus souvent." Len Lichtenfeld, le responsable médical de l'ACS, admet que les créatifs publicitaires ont pris quelque liberté avec la science mais, dit-il, le message a été élaboré avec l'aide de "focus groups" et ce sont les participants qui ont demandé une formulation choc.
B. Kramer met en doute l'assertion véhiculée par la campagne de l'ACS : "le cancer de la peau est presque toujours guérissable s'il est détecté tôt." Pour illustrer son propos, il fait appel à une métaphore animale. Le cancer se présente sous trois formes différentes, dit-il : les tortues, les oiseaux et les ours. "Les tortues bougent si lentement qu'on peut les attraper alors même qu'elles se déplacent; les oiseaux s'envolent si vite qu'on peut rarement les attraper à temps; si vous ne faites pas attention à eux, les ours peuvent s'échapper, mais, si vous les voyez au bon moment, vous pouvez encore les capturer. Le dépistage du cancer vise à attraper les ours pour les éliminer avant qu'ils ne métastasent; détecter les tortues ne sauve pas de vie, parce que ces cancers n'étaient pas faits pour tuer; quant aux oiseaux, lorsqu'on les a vus, c'est trop tard."
B. Kramer applique sa métaphore au mélanome : "son incidence a fortement augmenté au cours des dernières décennies, en même temps que le dépistage du cancer de la peau se généralisait, et, de fait, les cancers de stade précoce rendent compte de l'augmentation du nombre de cas. Si ces cancers étaient des ours, on s'attendrait à ce que les cancers de stade avancé disparaissent ou diminuent, mais cela n'est pas arrivé. Malgré l'augmentation des diagnostics à un stade précoce, nous n'avons pas modifié le risque de décès. Nous soignons donc des gens qui, initialement, n'avaient pas besoin d'être soignés."