mardi 3 avril 2007

Mammographies avant 50 ans?

Entre 40 et 49 ans, les femmes doivent-elles subir une mammographie pour dépister un cancer du sein? Aux Etats-Unis, la question est relancée par la publication, dans Annals of Internal Medicine, d'un article, d'un guide de recommandations cliniques et d'un résumé pour les patientes. Les travaux sont publiés sous l'égide de l'American College of Physicians (ACP), qui représente 120 000 internistes, et, comme l'écrit le Washington Post (WP), "ils entrent en conflit avec les recommandations d'autres organismes importants, l'American Cancer Society et le National Cancer Institute". En bref, ces derniers plaident pour des mammographies régulières dès l'âge de 40 ans tandis que, sur la base d'une revue systématique de la littérature, l'ACP estime que le rapport entre bénéfices et risques d'une telle pratique n'est pas établi. Selon le WP, "à la différence des précédentes revues, l'analyse des 117 études a pris en compte une évaluation des conséquences négatives des mammographies." L'ACP recommande ainsi que, entre 40 et 49 ans, la décision de pratiquer une mammographie fasse l'objet d'une discussion informée entre la patiente et son médecin et que, en cas de choix négatif, la décision soit réexaminée tous les 1 ou 2 ans à l'aune des risques individuels de la patiente.
Cette controverse est réactivée quelques jours après la parution des études recommandant l'usage de l'IRM dans le dépistage du cancer du sein chez les femmes à risque (voir ce billet). Mais, comme l'écrit le New York Times dans un article sur un océan d'incertitudes, "la plupart des femmes n'ont aucune idée de quelle catégorie de risque elles relèvent" et, selon la responsable d'une association, "ces recommandations sont inutiles du point de vue individuel d'une femme. Notre système médical n'est pas capable de gérer cela. Ce n'est tout simplement pas le monde réel."
Aux Etats-Unis, le monde médiatique bruisse toujours autour de la récidive du cancer du sein d'Elizabeth Edwards (voir ce billet et ce dernier article du Washington Post). Sur son blog, l'observateur Merrill Goozner note que le New York Times, par exemple, a consacré pas moins de six éditoriaux à ce sujet, plus une page de dessins, qui, tous, se concluent sur un appel à financer la recherche. Mais Goozner remarque en même temps l'absence d'informations sur l'évaluation des risques individuels, vis-à-vis du cancer du sein, de Mrs Edwards qui, par exemple, a eu deux enfants tardivement, probablement par fécondation in vitro à 48 et 50 ans; Goozner en profite pour signaler un article récent qui contredit une idée reçue sur l'évolution de l'incidence du cancer du sein.
Au palmarès médiatique des risques associés au cancer du sein, les traitements hormonaux substitutifs (THS) occupent souvent la première place. Dans le dernier numéro de l'American Journal of Obstetrics and Gynecology, une étude allemande s'intéresse à un sujet peu exploré, l'influence des THS sur le pronostic de cancer du sein (et non la seule incidence): sur plus de 1000 patientes, cette étude montre que, en fait, "une utilisation de THS avant le diagnostic d'un cancer du sein se traduit par des tumeurs primaires plus favorables, par une plus faible incidence des récidives et un meilleur taux de survie global."
Dans le British Journal of Cancer, une équipe anglaise se place sur un autre terrain, celui des soins, et montre que "au Royaume-Uni, les femmes plus âgées (>65 ans) ont moins de chance de bénéficier d'une prise en charge standard de leur cancer du sein que les femmes plus jeunes et que cette disparité ne peut pas s'expliquer par des différences dans les caractéristiques des tumeurs."